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L’enjomineur, 1792 : chef-d’oeuvre

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Du grand art : une histoire profonde et intéressante sur fond historique, tout ce que j’aime ! C’est extrêmement documenté et très bien écrit.

Tout d’abord bravo à l’auteur de nous faire entrer dans la grande histoire avec autant de brio. Après un premier chapitre qui sert avant tout à poser l’intrigue, on suit dès le deuxième, le personnage d’Emile dans le bocage vendéen et l’on est confronté au patois. Là on peut dire que ça passe ou ça casse : les phrases sont abruptes et sans traduction on pourrait se détourner du récit par paresse. Mais en fait, on entre comme dans du beurre dans cette « langue » à condition de se laisser porter et de ne pas s’agacer de ne pas tout comprendre parfaitement. Ensuite par accumulation et déduction on comprend les dialogues facilement, en particulier parce que les réponses sont en français. On referme le livre en ayant retenu ce magnifique juron :  » grand fils de vesse ». Ce patois crédibilise le récit et nous immerge dans une époque.

L’autre tour de force, à mon avis, consiste dans le choix des personnages. Sur le sujet des guerres de Vendée, qu’aurait pu choisir un auteur lambda pour présenter les points de vue ? Un chouan royaliste contre un révolutionnaire anticlérical ? C’est bien plus subtil… Pierre Bordage propose deux personnages « décentrés » qui pour des raisons différentes ne prennent pas parti. Pour l’un, Emile, c’est parce qu’il est lettré et raisonne en véritable humaniste, effrayé des passions qui montent et de la guerre qui se prépare, et pour l’autre, Cornuaud, parce qu’en fieffé coquin, il ne voit que son propre intérêt dans toute situation et ne possède aucun idéal. Et c’est cette distanciation qui va justement apporter le meilleur éclairage. Toutes leurs rencontres avec des paysans, des nobles, des gredins, de bons citoyens, des brutes sanguinaires… vont occasionner des dialogues qui nous permettent de mieux comprendre le contexte et les raisons de chacun. J’ai trouvé ça parfaitement dosé. De plus les deux personnages se répondent en miroir, l’un incarnant le bien et l’autre le mal, chacun menant sa quête (retrouver la femme aimée/se débarrasser d’un maléfice), et évoluant pour finalement peu à peu devenir un duo moins manichéen.

La question de la présence de la magie enfin me fait classer ce roman dans le bon fantastique, même si la fin de ce premier tome tranche la question. Il y a d’une part la question de la magie Vaudou, car l’on se demande si l’envoutement de la sorcière est imaginaire ou si ce sont les remords qui rongent Cornuaud. D’autre part Emile, rationaliste, refuse toute incursion de la magie dans sa vie avant de devoir se rendre à l’évidence.

Un excellent roman, qui mène à deux tomes complémentaires : 1793 et 1794. J’ai hâte de les lire !!!

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Publié par le septembre 19, 2017 dans historique-fantastique, Roman

 

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Mérovingiens : coup de cœur historique !

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Une récit historique tout simplement coup de cœur ! Ce roman se propose de révéler les coulisses de la naissance du royaume de France, rien de moins… Bluffant et réaliste ! L’auteur prend le parti de l’aventure et nous suivons donc Wyso, contraint de devenir espion du roi Clovis, dans ses périlleuses missions.

Dans la mesure où le règne de Clovis n’est connu qu’à travers le récit hagiographique L’Histoire des Francs de Grégoire de Tours, de nombreuses zones d’ombres demeurent : Clovis fit assassiner beaucoup de gêneurs, mais comment ? Patrick Mc Spare se livre ici à un exercice de haut vol : en respectant les faits tenus pour certains, imaginer tout le détail des missions des espions. C’est jouissif, et l’on n’a de cesse de vouloir vérifier les éléments historiques. On est dans une histoire plus réelle et palpable que la version officielle.

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L’époque choisie est en soi passionnante : le début du Haut Moyen-âge ! C’est un bouillon d’où va émerger notre civilisation actuelle : fin de l’empire romain, dont seul l’empire d’Orient et quelques places fortes comme Soisson demeuraient, Royaumes de « barbares » Wisigoth ou Ostrogoth bien plus structurés que l’on a tendance à le penser, manigances des « évèques » pour imposer le pouvoir temporel de l’Eglise. C’est une période plus fascinante que ne le conçoit habituellement l’imaginaire collectif qui a tendance à rabaisser indument l’ère médiévale.

Ensuite la narration étalée dans le temps, le temps long de la politique, nous fait apprécier autrement la valeur du contexte historique. Et permet de déployer l’évolution psychologique des personnages ! Parlons tout d’abord de Wyso, un héros qui se pense guerrier avant tout mais se trouve à l’aise dans la peau d’un manipulateur, d’un maître espion, en raison d’un chantage. Il passe par tous les stades : colère, déni, résignation, mort intérieur, rage de nouveau. Sans réellement s’attacher à lui on éprouve une grande compassion pour sa personne. Par contre j’admire Valesta, froide meurtrière et personnage secondaire au début du roman qui prend de l’ampleur tout au fil du récit. Quant à Gunthar, il reste le plus mystérieux de la bande d’espions, et ne semble animé que par la vengeance. Théodoric le Grand, roi ostrogoth qui se sent devenir fou ou encore Alboflède, bouillante sœur de Clovis m’ont particulièrement plu. Si vous avez aimé la galerie de personnages de Game of thrones, vous serez conquis par ces personnalités ambigües et complexes que l’on aime détester.

En plus de toutes les missions d’assassinat et de manipulation des trois agents, le fil conducteur du récit est l’énigme que doit résoudre Wyso : qui a enlevé Guénolé ? Où est détenue leur fille ? Pourquoi le tordu Daga Wulf prétend-il ne pas être le responsable de leur disparition, mais entretient-il le chantage pour faire manœuvrer Wyso à son gré ? Est-il sorcier, démon ou simple mortel ? La conclusion du roman devrait vous surprendre. Pour ma part je n’ai rien vu venir… Entre indications données au compte-goutte et fausses pistes, qui est le plus manipulateur ? L’auteur sans doute.

La belle langue va de pair avec le récit historique. Le style est tout en plein et délié, on aimerait lire ce texte sur un parchemin, gratté à la plume.

De l’action et des trahisons à la louche, une dose d’érotisme, une pincée de fantastique et même un zeste de romance, il y a tout pour plaire au lecteur dans ce récit. Plus que de l’Histoire, une belle histoire…

 

 

 

 

 

 

 

 
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Publié par le juin 16, 2017 dans historique, Roman

 

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Un autre regard : le cadeau à offrir à vos amis

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Voilà une BD que j’attendais avec impatience après le buzz qu’a fait sa BD-blog « Fallait demander » sur la charge mentale. Vous l’avez forcément vu passer ! Le blog d’Emma est génial.

L’auteur s’auto-édite donc avec « Un autre regard ». Admirez le clin d’œil de la couverture… car non il ne s’agit pas d’un œil mais bien d’une vulve. Oui, Emma est féministe et elle va nous parler entre autre : des suffragettes, de l’épisiotomie, de la dépression du post-partum, du clitoris… Et encore du regard masculin ET féminin qui objective (=tronçonne en morceaux de chair donc), le corps des femmes. Il ne s’agit pas pourtant de s’adresser uniquement aux femmes, et vraiment je vous conseille de le faire lire à tout le monde.

L’axe d’Emma est avant tout politique et si elle s’intéresse au sort des femmes c’est parce qu’elle s’intéresse aux opprimés en général. L’histoire de Mohammed, victime de tirs policiers lors de perquisitions dans le contexte post-attentats, ou la mort d’Adama Traoré sont très bien traités. Ces sujets sont exposés avec clarté et sans fioritures pour ouvrir les yeux sur des pratiques policières qui existent malheureusement en France et que nous tolérons tous en se disant « bah ils avaient bien dû faire quelque chose »…

Il s’agit donc de billets de blog édités, l’intérêt du livre c’est cette possibilité de l’offrir pour faire « voir les choses autrement » à ceux à qui on peut avoir envie de l’offrir.  Et c’est super. On aurait aimé en avoir encore plus à l’intérieur !!! En espérant que la diffusion de ce livre soit à la hauteur de la qualité du contenu. Amis libraires et bibliothécaires ne passez pas à côté de cet ouvrage pour le faire connaître !

 
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Publié par le juin 15, 2017 dans Bande dessinée, Essai

 

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La voie des oracles, t.1 Thya : un passionnant voyage en Gaule

 

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Maintenant que j’ai fini la trilogie, et que j’ai mon exemplaire dédicacé, il est grand temps de faire une chronique de la Voie des oracles. C’est vraiment ma série coup de cœur de cette année scolaire 2016-2017.

Tout d’abord ce premier récit réunit tous les ingrédients de base pour me séduire : avant tout une belle langue, du français qui coule tout seul et une érudition jamais surfaite mais qui sert totalement le récit. Les mots en latin s’intègrent complètement. Ensuite donc le contexte : j’adore les récits historiques, en particulier de l’antiquité au moyen-âge, et là bingo, le Vème siècle, une période charnière passionnante. Beaucoup de réalisme dans le traitement avec l’évocation des tenues, des habitudes quotidiennes, et des liens sociaux. Troisième point : un bonne dose de fantastique qui s’appuie sur ce contexte historique avec les thème des oracles. Enfin un scénario en forme de fuite sans répit, qui ne peut donner qu’envie d’avancer dans la lecture.

Le personnage de Thya m’a paru très intéressant d’un point de vue psychologique. Il y a quelque chose de très beau dans sa manière d‘être une actrice de sa propre vie, alors même que le Destin est une notion qui pourrait la paralyser. Elle est à la fois très innocente car peu éduquée au Monde social mais extrêmement réactive aux situations.

J’ai trouvé que la relation telle qu’elle se développe avec Enoch est réaliste et peut parler à de nombreuses jeunes filles pour qui se trouver soi-même passe avant les engouements légers de l’adolescence. Elle n’en est pas moins attirée, la sexualité n’est pas niée. C’est a priori plus young adult que « ado » dans l’intention et justement ça donne envie de le faire lire aux ados car c’est tout le contraire du gnan-gnan auquel ils sont souvent cantonnés.

J’ai adoré évidemment tous les personnages mythologiques comme le faune, l’ondine et le dieu Culsans. Mais découvert aussi avec plaisir les nodes…

Le tome 2 monte d’un cran au niveau du fantastique et nous dépayse (et m’a fait pleurer…), le tome 3 clôt magistralement la série avec une sorte d’uchronie dont je ne peux parler sans déflorer le suspens.

Bref, vous l’avez compris, je suis fan !

 
 

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Aelfic : une aventure qui va vous faire dresser l’oreille (en pointe)

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Préparez-vous à courir après les mots, de chapitres en chapitres, comme Ael galope pour retrouver son monde et éviter une issue fatale à ses parents. Un très bon roman ado, qui repose sur des ressorts classiques et efficaces : actions et déductions, courses et astuces. Grâce à la belle plume de Patrick Mc Spare, cela séduit aussi les plus grands.

Le jeune Ael s’éveille dans un  étrange monde après un (banal ?) accident de voiture. Inquiet d’être déjà dans l’au-delà, ne trouvant pas trace de ses parents, il cogite sur son sort quand l’aventure déboule : il est enlevé par des monstres dans le noir, puis poursuivi par d’invisibles « bourdonnantes », et finalement ramené à la lumière grâce à un peuple aux oreilles pointues… Tiens d’ailleurs il semblerait qu’elles lui aient également poussées. Est-ce un point de non retour ?

Patrick Mc Spare prend plaisir, on le voit, à se jouer des codes du genre fantasy, et en particulier de la peuplade elfe. La description de la première rencontre évoquera, pour certains, cette même découverte par le sieur Bilbo, dans le roman éponyme. En cours d’aventure vous aurez le plaisir de rencontrer un clin d’œil très explicite à Monsieur Tolkien.

Le roman n’est pas tout à fait « fantasy » au sens classique du terme, mais plutôt un intermédiaire avec le fantastique puisque les allers-retours possible avec notre monde sont l’objet même de la quête. Les passages qui se déroulent « chez les humains » apportent un contrepoint sérieux qui fait saillir la créativité du monde des neuf forêts. On assiste à l’extension foisonnante d’un monde, façon Harry Potter, mais sur le mode des cercles concentriques.

L’humour est une autre composante importante du roman, notamment grâce aux dialogues. Le duo comique formé par Lilydra et Mouk, adjuvants du héros, annonce dès le premier chapitre que ce livre est placé dans un registre plutôt léger.

Une lecture très agréable qui fait vivre de nombreux rebondissements car les différents protagonistes ne dévoilent qu’au compte-goutte leur véritable nature. On tente de deviner qui est le traître dans cette foule. Certains personnages qui peuvent apparaitre comme secondaire sont très bien campés : l’attachante et mystérieuse Queen mama en particulier, et les jumeaux maléfiques que l’on admire dans leur ténacité.

Le roman ayant clairement une orientation jeunesse et fantasy, vous ne retrouverez pas ici le concentré de faits historiques des séries comme Les Haut-Conteurs ou Les Héritiers de l’aube, mais vous aurez un petite surprise en fin d’aventure, grâce à trois voyages temporels.

A recommander chaudement aux ados et aux fans de young adult.

 

 

 

 
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Publié par le mai 15, 2017 dans fantaisie, Roman

 

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Le rêve de Ryosuke : ou comment rêver ravive…

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Un roman que j’ai pris grand plaisir à lire. C’est à la fois très simple et profond. Très japonais… d’après l’idée que je m’en fais, toute subjective.

Ce roman est celui d’un renouveau pour un jeune homme un peu perdu, qui a une grande souffrance intérieure qui l’empêche de se sentir heureux. Un drame familial l’accable : le suicide de son père. En partant faire un un travail abrutissant (creuser, maçonner) sur une île perdue, on comprend qu’il se fuit. Cet épuisement physique l’apaise. Mais en même temps, il espère retrouver quelqu’un à qui il compte poser une question et remettre un mystérieux paquet.

Ryosuke se fait des amis, venus de la ville comme lui, et des ennemis parmi les autochtones qui n’aiment pas voir leurs habitudes bouleversées. Il finira tout de même par gagner l’amitié de certains comme le facteur ou l’institutrice. La personne qu’il espérait tant croiser se révélera le sempaï dont il avait besoin, lui apprenant tant la traite des chèvres et les secrets du fromage que l’attitude nécessaire face à la vie.

Les descriptions de paysage nous plongent dans un monde à la fois rude et beau. C’est un peu mélancolique. J’ai trouvé l‘écriture très simple : elle « colle » au propos, qui est celui du dépouillement.

Enfin les chèvres sont des animaux fascinants, que l’on aurait envie de caresser tout au long de ses pages, et sont en quelques sortes les intermédiaires entre Ryosuke et la Nature, au sens animiste du terme.

J’aime ce genre d’ouvrages où le personnage est « ravivé » par sa quête, succès et échecs. La fin ouverte nous laisse imaginer et c’est très bien aussi. Un beau petit livre.

 
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Publié par le mai 11, 2017 dans réaliste, Roman

 

Toutes les princesses n’aiment pas le rose : penser l’éducation adolescente

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Voici une excellente synthèse sur la manière dont les filles, et les adolescentes en particulier, subissent différents messages qui les « enferment » dans une vision de la féminité. Tout au long de la construction de leur personnalité toutes les productions qui leurs sont destinées (TV, films, magazines, tuto youtube, marketing…) vont dans le sens d’une identité hypersexuée. Et l’identité humaine et intellectuelle ?

Certes la Nature, le corps, les hormones, tout oriente les filles a vouloir d’abord avant tout séduire, surtout à la puberté. Mais nous vivons dans une Culture. Mais c’est à nous tous, individuellement et collectivement, de faire en sorte que la Culture puisse dépasser cela et que le femme puisse aussi « se penser » elle-même comme une personne (et pas juste une fille).

Le plus révoltant à mes yeux est la conséquence ce matraquage subtile (à coup de rose, de princesses disney, de conseils mode, d’applis diverses…) : une adolescente se sent mal dans sa peau à partir de 12 ans. Beaucoup plus mal qu’un garçon à titre de comparaison. Et le sentiment qui domine est : manque de confiance en soi. C’est un sentiment que l’on peut éprouver à l’adolescence, mais surtout que beaucoup vont garder toute leur vie. On comprend mieux pourquoi les femmes n’osent pas des carrières plus ambitieuses, ne demandent pas des salaires plus haut, alors qu’elles ont des résultats scolaires et universitaires meilleurs. Pourquoi le phénomène des femmes battues résiste à leur théorique émancipation, pourquoi les victimes défendent leurs bourreaux en procès…

Conclusion à la lecture de ce livre, en tant que parent : on a du pain sur la planche. Si vous laissez votre fille face à la société, la TV, les films, internet, les copines… sans en parler avec elle, elle intériorisera sans doute sa « condition inférieure ». Les parents doivent veiller à ouvrir le champ des possibles, donner l’exemple et montrer tout ce qu’est un être humain. En tant qu’éducateur ou prof: on a du pain sur la planche… Lutter contre les stéréotypes au quotidien c’est d’abord se surveiller soi même. Dans ses paroles et dans ses actes. Ne pas dire : « ce livre-ci est plutôt pour les filles », mais simplement parler du contenu et laisser chacun choisir. Un challenge. Ne pas renvoyer sans cesse les ados à l’image que l’on se fait d’eux : « elle est sage, c’est une fille quoi », ou « il est agité, c’est un garçon, quoi » en conseil de classe… Ils sont déjà tellement dans le clivage garçon/fille, pas besoin qu’on le leur rappelle sans cesse. Au contraire les éveiller à la pensée, hors du schéma binaire des sexes, autant que l’on peut, et à l’adulte en devenir qu’ils sont. Bref ce livre donne à penser, que vous ayez des enfants ou pas, des filles ou des garçons, idem.

 

 

 
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Publié par le février 12, 2017 dans Uncategorized