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Moi, Tituba Sorcière… : histoire d’une femme noire

24 Sep

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Ce roman est à la fois un roman d’aventure, car la vie de Tituba sera pleine de rebondissements, un roman historique par ses détails sur les mœurs du XVIIe siècle et enfin un roman fantastique (car Tituba guérit ou rend malade).

Maryse Condé réinvente la vie de Tituba, fille de la Barbade qui se retrouve au cœur du procès des sorcières à Salem. A partir de la simple phrase « une esclave originaire des Antilles et pratiquant vraisemblablement le hodoo », elle façonne sa vie. Une vie de douleurs et d’espoirs.

J’ai fortement apprécié la caractérisation du personnage. Tituba est une enfant mal aimée de sa mère et qui, celle-ci tuée, se retrouve seule. Elle est élevée par Man Yaya, sorcière, qui meurt à son tour mais continue à la guider sous une forme « fantôme ». Tituba est plutôt douée pour survivre. Mais elle cause son propre malheur en tombant amoureuse. Éprise de John l’indien, esclave qui espère de sa maîtresse son affranchissement prochain, elle vit avec lui. Mais, à la suite d’un affrontement implacable entre les deux femmes, la maîtresse de John le revend et Tituba, pour ne pas le quitter, se laisse emmener. Elle se retrouve ainsi esclave, comme tous ceux de sa couleur, elle qui était libre. Sa condition de femme amoureuse la rend très humaine. Tout au long de l’aventure elle se montre sensée et sensible. Mais son amour inconditionnel des humains l’aveugle et elle se retrouve accusée de commercer avec Satan. Finalement acculée, lors d’un procès elle avouera ces crimes imaginaires. Mais Tituba est parfois faible et, à rebours de ses idéaux, elle se venge plusieurs fois.

Le roman est bien construit, dans l’ordre chronologique, sans temps mort. La galerie des personnages est passionnante : John l’indien, esclave hypocrite qui joue son rôle de « bon nègre » pour survivre, le pasteur Parris horrible et froid qui anémie tous ceux qui l’approchent, Hester la féministe adultère rencontrée en prison, Benjamin juif persécuté qui l’aimera, Christopher le « Marron » qui rêve d’attaquer enfin les plantations des maîtres blancs. Jusqu’au dernier personnage féminin avec lequel la boucle est bouclée.

L’écriture m’a paru d’abord déroutante car j’ai cru y déceler des anglicismes…surtout dans la première page, finalement le reste du roman est passé tout seul. C’est une belle langue qui se déroule sans heurts. On apprécie les particularismes des noirs des caraïbes ou de la société WASP dans les dialogues et certaines formulations (en narration interne externe).

Ce livre n’est pas particulièrement émouvant mais il est intense. On souffre, on vibre, on est en colère comme Tituba. L’écriture nous plonge dans un monde injuste où les hommes sont arrogants, les femmes des vipères, les blancs des monstres égoïstes. Tituba a bien conscience que sa condition de femme noire est la plus dure à tenir. Qui plus est, elle est sorcière, donc accusé de tous les maux par les blancs et crainte par ceux qu’elle soigne. Elle restera d’un bout à l’autre quelqu’un « à part », une sorte de tabou.

C’est une lecture qui transporte dans une époque dure, un monde que l’on oublie pas si facilement, le livre refermé. Une lecture envoutante et rude, empreinte d’un humanisme universel !

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Publié par le septembre 24, 2013 dans historique-fantastique, Roman

 

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