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Archives Mensuelles: novembre 2013

Réseau(x) : insomnie garantie…

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Waouw ! Voilà un récit complètement génial, et flippant…

Le thèmes abordés et leur contexte ne vous laissent pas indifférents : il s’agit d’un futur proche dans lequel tout le monde partage sa vie, ses vidéos et ses cauchemars sur un réseau dédié le DKB (sorte de facebook du futur). Deux grand thèmes parallèle se développent. J’ai énormément apprécié le thème ludique : le groupe des anarchistes, menés par Nada1. Ce manipulateur hors pair essaie par tous les moyens (comme le lâcher de cochon volant ! ou les scènes de Jeu vidéos célèbres reconstituées) de réveiller les consciences. Par contre j’ai été dégoûtée par le thème du snuff movie. C’est un sujet délicat. Ici il est traité avec une certaine distance, et sans en rajouter sur les scènes gores. Mais cela met quand même mal à l’aise.

Les personnages sont très bien pensés et intéressants. La jeune Sixtine, lycéenne, est une ado en proie à des cauchemars,dont certains semblent être prémonitoire. Elle est ballottée par le récit et n’a que peu l’occasion de prendre des initiatives. Quand elle a l’occasion de faire des choix elle se montre toujours courageuse, bien qu’un peu trop naïve (la police, le vidéo, la fuite). Maud et Jeremy sont les étudiants du récit : elle passionara du blocage des facs, lui plutôt dans le monde virtuel (des jeux vidéos et de la drogue)., personnages secondaires, ils servent de rouages à l’histoire. Les flics de ce roman ont chacun un vécu touchant : lui en père dépassé (mais attendrissant) et ancien alcoolique, et la jeune commissaire Alice, trahie par son ex-petit ami. La mésaventure qui lui arrive est d’ailleurs effectivement réaliste, et il est notable que ce soit elle, et non une des plus jeunes filles du récit qui en soit la victime. Malgré son rôle de femme forte, elle est vulnérable. Enfin César est le personnage le plus abracadabrantesque et le plus complexe. Il semble schizophrène et se prend de plus en plus pour son personnage virtuel Nada1, chef de file d’un groupe ludo-anarchiste sur le DKB. Intouchable, il lance des opérations à grande échelle pour semer la confusion dans les grandes villes d’Europe. Son rôle est trouble tout au long du livre. Enfin Théo se révèle incroyablement au fil de l’aventure.

Car de l’aventure il y en a ! On ne décroche pas une seconde, et tout ce monde futuriste est élaboré en arrière-plan par petite touche. La scène d’exposition permet grâce au personnage du flic « naïf » d’apprendre au lecteur la base de ce monde anticipé : tout se passe sur le DKB, grand réseau social, et en particulier sur le MyDarkPlaces, qui sert à publier ses rêves, ou plutôt ses cauchemars. Il sert aussi aux gens louches à communiquer anonymement. Sixtine et Théo, tous deux en terminale option cinéma y publient leurs travaux. Ceux de Sixtine sont inspirés de ses visions et c’est là le point de départ du cauchemar réel que va devenir sa vie.

La narration repose sur la multiplication des points de vue et c’est très bien fait. Le lecteur peut croire qu’il connait plus de détails que les personnages, mais on se fait mener en bateau admirablement. Attention le début est particulièrement ardu et nécessite une bonne concentration car l’auteur met en place une multitude de points fondateurs et une galerie de personnage assez dense. Il ne faut pas s’arrêter avant les cent premières pages sous peine de perdre le fil. Mais après ! C’est le feu d’artifice. Le suspense est tellement insoutenable qu’on ne peut plus reposer le livre. Et il est difficile de s’endormir sereinement : les ressorts et rouages continuent à se mettre en place, une fois le livre refermé.

Littéralement palpitant…d’où l’insomnie qui risque de vous prendre si vous commencez !

 
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Publié par le novembre 17, 2013 dans anticipation, Jeunesse, Roman

 

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Comtesse Bathory : Fantastique !

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Le premier livre pour adulte de l’auteur est un coup de maître. Attention, c’est une histoire sombre et tourmentée pour public averti. Le choix du sujet parle de lui même : la comtesse Bathory est une femme ayant réellement existé et qui a fait assassiner des centaines de jeunes filles pour se livrer à des rituels sanglants. Les scènes violentes s’enchaînent, mais heureusement sans verser dans le gore. Ici l’ambiance gothique est travaillée par petites touches.

On retrouve ici la plume de Patrick Mc Spare, toujours aussi agréable à suivre dans les méandres de l’histoire. C’est au début du XVIIe siècle que prend place cette aventure. Dans le royaume de Hongrie un groupe de sombres individus prennent de l’emprise sur Erzebeth Bathory. Sa nourrice d’abord, puis Cadevrius Lecorpus, inquiétant « sorcier » et la charmeuse Anna. Les « voyages mentaux », que va effectuer la comtesse permettent par ailleurs des incursions dans trois autres périodes antérieures. Grâce à cet artifice bluffant, elle assiste ainsi à une bataille contre les infidèles en 1389, se retrouve à la cour de Sigismond 1er (XVe s.) et enfin rencontre un seigneur mythique de Transylvanie. Ces trois chapitres, au cœur de la construction du récit, sont mes favoris. C’est en se livrant à ce rituel que la comtesse « bascule » sur la pente de la folie et du meurtre sans remord. Le roman tente de répondre à la question : pourquoi et comment une puissante femme du XVIIe s, se livre-t-elle à d’odieux meurtres ? Au départ elle ne le souhaite pas, mais à la fin de cette aventure elle sera convaincue de l’efficacité de la magie du sang d’une part et de son droit sur la vie des autres d’autre part.

Face à elle se dressent des mercenaires, qui doivent retrouver une jeune fille et rassembler des preuves pour la faire arrêter. Les habitants ont en effet remarqué que de nombreuses jeunes filles disparaissaient au château et n’en revenaient jamais. Nous suivons principalement Janos Trencka, Vicoria Caldwell et Vincent De Guise, tandis qu’un puritain, détestablement campé, fait cavalier seul. Leur tâche est ardue car tout le monde redoute la Comtesse ; personne ne veut leur venir en aide. Ils sont divisés et ont peu de moyens et même leur employeur Hoffman ne leur dit pas toute la vérité.

A côté de la traque et des affrontements, on découvre des éléments inattendus, comme les deux histoires d’amour, ou plutôt de passions à sens unique. En dépit de leurs personnalités diamétralement opposées, Vincent de Guise et Erzebeth Bathory sont tous les deux des passionnés. Erzebeth est colérique, dominatrice et folle à lier mais vibre pour Anna ; tandis que Vincent humaniste et conciliant est troublé par Victoria. Leurs histoires évoluent en parallèle et connaissent la même fin. L’amour n’est vecteur d’aucun mieux être, seule la jolie scène d’amour entre Vincent et Victoria apporte un peu de légèreté au fil de ce récit désespérant. Mais ce n’est que de courte durée.

 

Le chapitre final est particulièrement bien tourné. Il s’agit du journal de la Comtesse, et il nous amène au point crucial : le genre de ce roman. Le journal d’une folle ne peut que nous faire penser au Horla de Maupassant ou à une nouvelle de Lovecraft. Il s’agit d’un authentique récit fantastique, un genre dix-neuvièmiste quelque peu délaissé par nos contemporains. Et ça fait du bien d’en lire, car ici l’auteur joue vraiment avec le lecteur et laisse la porte ouverte sur deux interprétations. La notion de fantastique en littérature repose sur l’épouvante, l’incertitude, l’intervention d’éléments surnaturels dans un contexte réaliste, et selon Todorov l’impossibilité de trancher entre deux versions : la surnaturelle et celle de la folie. Ici on a le point de vue interne de deux personnages principalement : la Comtesse Bathory et Vincent. Les personnages influencés, drogués et manipulés peuvent être : Anna, Trevaux/Rais, les aventuriers et Bathory elle-même. Les manipulateurs Cadevrius et Wolf. La personne la plus influençable serait Bathory, personnage qui pense avoir vu le plus de « choses incroyables ». Mais peut être les rituels magiques ont-ils vraiment fonctionné, et peut être Cadevrius est-il l’élu du Diable. A vous de lire 😉

 
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Publié par le novembre 6, 2013 dans historique-fantastique, Roman

 

A comme Aujourd’hui : un livre qui passe comme un rêve…

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Voilà un roman bluffant. Le parti pris est le suivant : c’est un livre absolument et méticuleusement réaliste, qui repose sur une base fantastique inexplicable (et inexpliquée). Chaque jour A se réveille dans un corps différent. C’est ainsi. Mais au contraire du célèbre personnage de Code Quantum, il n’essaie pas de modifier le cours de la vie des gens, sachant que ses efforts sont réduits à néant quand la personne redevient elle-même.

Ce postulat de l’auteur lui permet de nous faire un tour de marionnettiste : une véritable galerie de portrait de l’adolescent américain. On se passionne pour ces personnages. En dehors du très banal Justin, tous sont assez remarquables : la fille parfaite et la pire des terreurs, le metaleux et le « bien-sous-tout-rapport », l’esclave moderne et les gosses de riches impatients, les jumeaux, l’obèse, le junky, etc. Le héros A. (ou héroïne comme vous voulez) déroge à sa règle de ne pas intervenir dans un cas : lorsqu’il se trouve dans le corps d’une jeune dépressive suicidaire.  Le rythme du livre est saccadé, puisque chaque chapitre contient un jour. L’écriture est fluide et coule comme les pensées de A.

Mais le plus important n’est pas tant la vie des autres. A. a soudain envie d’exprimer sa réalité lorsqu’il tombe amoureux de Rhiannon. De cette rencontre va naître son désir de laisser une trace chez l’autre, d’exister en tant qu’entité. Il partagera avec elle son secret. Ils se rapprochent dès que possible, mais Rhiannon peine à reconnaitre A. dans ces garçons et filles qui se présentent à elle. Évidemment elle reconnait sa personnalité dans son discours, mais le désir a aussi besoin d’un support physique et il est difficile pour elle d’accepter cette « non-continuité » de l’être aimé. Y a-t-il ici une métaphore de l’amour via un écran, ces rencontres qui permettent de fantasmer tous les corps ?

Le sentiment amoureux est le thème central du livre, mais nombre d’autres sont effleurés comme les rapports familiaux, fraternels, amicaux, les inégalités. La diversité des vies fait de A. un être particulièrement tolérant. A travers sa vision des choses, très relativiste forcément, on perçoit l’universalité de l’humain. A. est quelqu’un de bon et il le prouvera à la fin du livre par ses choix. Je suis restée cependant sur ma faim ! La fin, justement est trop abrupte et sans aucune explication pour ce qui taraude A. Cela se justifie dans le logique du récit : A. n’est palpable que lorsqu’il essaie de s’individualiser. Mais quand même je suis déçue de ne pas en savoir un peu plus.

En conclusion c’est un roman coup de cœur pour moi !

 
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Publié par le novembre 5, 2013 dans fantastique, Jeunesse, réaliste, Roman

 

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