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Archives Mensuelles: avril 2014

Baroque N’Roll : ça va vous faire grincer…

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Je découvre cet auteur grâce à Book en Stock (Merci les filles !) dans le cadre du « mois de mai » consacré à Anthelme Hauchecorne. J’avais tout d’abord craqué pour la couverture et le jeu de mot du titre, et je précise que j’aime particulièrement les nouvelles. Les nouvelles, c’est la quintessence de l’écriture. J’attendais donc beaucoup de ma lecture.

Pari gagné, car au fil des pages j’ai complètement adhéré au style de l’auteur. La première nouvelle  » Nuage rouge » nous indique tous les éléments fétiches de l’auteur : un style assez décalé avec beaucoup de métaphores qui font jouer les rouages de l’imagination ; de l’humour, voire du cynisme ; des éléments fantastiques ; un discours sur la société. On retrouvera ces impondérables au fil des autres nouvelles. Un petit exemple de comparaison hallucinante : « Comme vous regarderiez votre meilleur ami qui vous proposerait d’investir dans son projet de club échangiste pour escargots »…

Là où je trouve vraiment que l’auteur est très fort, c’est dans sa capacité à faire vivre tout un monde à partir d’un huis-clos. Deux des nouvelles m’ont particulièrement bluffées : Madone Nécrose tout d’abord m’a terrifiée. On découvre petit à petit un futur apocalyptique, où l’élément « zombie » n’est qu’un motif pour raconter un histoire de passion et de vengeance. Tout cela lors d’une discussion dans un bar avec une fin à vous faire tomber à la renverse. Trêves de comptoir, où là encore tout se passe dans un bar (tiens, tiens) met en scène des superhéros en train de s’entredéchirer. Les fans de comics apprécieront l’humour et l’hommage.

L’élément fantastique est souvent un prétexte pour parler de l’humain : individualisme, manipulation des foules, bêtise…Le diable noir  m’a beaucoup séduit avec son exploration qui tourne mal. L’avidité et l’inconscience du voleur le font pénétrer dans un antre fétide qu’il aurait mieux fait d’éviter. Les flics (personnages du polar que l’auteur à plaisir à utiliser) donnent un contrepoint et permettent de « respirer » hors du bateau monstrueux. La longue chute du personnage de Logique d’ensemble est quant à lui un plaidoyer anti-guerre et l’occasion d’une réflexion. La plupart du temps c’est grinçant, c’est méchant.

Les nouvelles qui m’ont le plus décontenancées sont les contes macabres : le jardin et la Tatie… J’avoue ne pas avoir accroché et la réapparition de la figure de l’homme-tronc, métaphore sans doute de l’avilissement de l’homme, m’a glacée.

Après avoir bien dégusté votre lecture, je vous conseille de vous pencher sur le « backstage », c’est-à-dire « les coulisses de nouvelles ». L’éditeur aurait été mieux inspiré de mettre cela en annexe, mais enfin rien de grave, il suffit « d’enjamber » cette partie et d’y revenir. L’auteur nous précise le contexte d’écriture de chaque nouvelle, souvent des commandes pour des magazines ou des anthologies. Intéressant pour le lecteur curieux que nous sommes de découvrir la « cuisine ». Aurez-vous deviné la contrainte que s’imposait l’auteur sur telle ou telle nouvelle ? Ce n’est pas forcément celle à laquelle on pense de prime abord.

A noter également : l’autobiographie fictive, pince-sans-rire, vaut le détour.

Cette découverte m’a beaucoup plu et j’espère lire prochainement autre chose de cet auteur, peut être un roman, pour voir…

 

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Publié par le avril 30, 2014 dans fantastique, Nouvelles

 

Roman d’horreur, bienvenue dans l’enfer de la peur : chair de poule à la française

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Voici un roman court et facile à lire qui séduira les ados en quête de frissons : filles comme garçons de 9 à 14 ans. Dans la lignée des « chairs de poule » de Stine pour ce qui est du contenu mais écrit dans une langue plus riche, donc plus intéressante, c’est le deuxième de la collection.

J’ai particulièrement apprécié le démarrage:  une amulette égyptienne maléfique est à l’origine du récit. Passionnée d’Egypte antique enfant, je crois que c’est toujours un contexte qui fait rêver les jeunes ados. Le texte très court ne permet cependant pas d’explorer les origines de la bague qui vient donc de fouilles archéologiques. Cet artefact lance un duel entre deux jeunes, l’une prenant le parti de « la voie de la main droite », tandis que son camarade sert « la voie de la main gauche ». Il n’y a pourtant pas de manichéisme car il ne s’agit pas à proprement parler du bien contre le mal, mais de l’affrontement de deux forces telles le yin et le yang. La bataille est essentiellement psychologique (qui fera le plus peur à l’autre? )

Les deux héros sont des ados lambda, vite caractérisés : deux intello, l’une pauvre petite fille riche mal aimée, l’autre caillera. Leur goût pour les antiquités et leur curiosité les rapproche. Les personnages les plus intéressants sont leurs « conseillers » (ou bien leur double ?), deux entités démoniaques qui leur apparaissent différemment. Pour elle il s’agit d’un démon qui prend vit dans son chien, pour lui d’un être qui n’apparaît que dans le miroir. Sarcastiques et ambigus ils apportent une inquiétantes étrangeté mais aussi une touche d’humour au récit.

Se jouant des clichés du genre : angoisses nocturnes, invasions de bestioles à 8 pattes et ouverture de la porte des enfers, c’est un livre qui conviendra parfaitement à des lecteurs collégiens qui aiment se faire peur.

 
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Publié par le avril 23, 2014 dans Jeunesse, Roman, Uncategorized

 

Oracle, 1 La pythie : je vois…une belle vie pour la série !

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Voici une BD que je ne saurais qualifier. Disons qu’elle est avant tout une BD « à partir de la mythologie ». Quels que soient vos goûts : action, psychologie, intrigues de pouvoir, légendes…vous allez être servis ! Ce premier tome est parfaitement équilibré. A peine l’ouvrez-vous, que vous êtes aspiré.

Le principe de la série à de quoi séduire : le pari des auteurs est de recomposer des histoires mythologiques, inédites mais qui s’accordent à la culture gréco-latine sans erreur.  Je dois dire qu’en tant que latiniste, j’ai tendance à être tatillonne sur le respect de la mythologie : ici la tradition est non seulement respectée, mais carrément magnifiée ! On retrouve, avec leurs caractères, les grands olympiens comme Zeus, Apollon et Athéna. Les mythes fondateurs sont évoqués : Zeus tuant Chronos, et les dieux se déchirant autour de la guerre de Troie. Vous songerez probablement à l’Iliade et l’Odyssée dans les manières d’agir d’Athéna (toujours aussi rusée.) On croise quelques créatures du bestiaire légendaire, comme les cyclopes que Zeus place à la porte de l’Olympe, et qui longtemps auparavant lui ont permis de vaincre les titans de l’armée de son père. Olivier Peru nous entraine dans une antiquité grecque fascinante.  L’accent est mis dans cet album sur un élément particulier : le pouvoir de l’oracle de Delphes, où la pythie officie pour interpréter les visions que lui envoie Apollon. Grâce à la rigueur des références, Ovide aurait pu insérer ce récit dans ses métamorphoses.
Du point de vue de l’aventure, on ne s’arrête pas une seconde pour souffler, et tout semble s’accélérer sans cesse. La pythie, belle et inquiétante, insuffle aux spartiates l’énergie de défier les Dieux sur l’Olympe même. J’ai particulièrement apprécié le récit du voyageur qui encadre cette histoire. La mise en bouche par le personnage du conteur est judicieuse, et à plusieurs reprise le récit cadre interrompt la narration, lorsque le public pose des questions au conteurs. Pourquoi un Dieu violerait-il sa servante ? Comment peut-on tuer un Dieu ?…

L’enfant, malin et curieux est un personnage clé et, vous vous délecterez de la surprise de la page finale.

Le dessin sert à merveille le propos, que ce soit dans le combat, comme dans l’émotion. Les gros plans serrés sur les visages, en particulier, ont retenu mon attention. Les yeux sont très vivants, les visages expressifs. Les tons très marrons et ocres se fondent très bien avec ce drame antique.

A conseiller à tous, à partir de 15 ans.

 
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Publié par le avril 8, 2014 dans Bande dessinée

 

Le goût des pépins de pomme : à machonner sans rechigner !

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Un roman classique et bien ficelé mais pour lequel il m’a fallu aller au delà d’une centaine de pages pour vraiment apprécier la narration.
Nous voyons évoluer en parallèle deux histoires : celle de la narratrice qui se demande si elle va garder la maison de sa grand-mère, reçue en héritage ; et celle de sa famille au cours d’une série de discussions et de flash-back.
Elle mène l’enquête pour en savoir plus sur certains secrets de famille. Mais parallèlement elle en sait bien assez sur la mort de Rosemarie, dont on ne saura les circonstances qu’en fin d’ouvrage.
Le style n’est pas très chaleureux mais finalement je m’y suis habituée.
L’héroïne est une sorte de Bridget Jones qui va craquer sur le charmant voisin, scénario fort convenu, mais qui apporte une vraie légèreté au milieu des secrets plombants, voir malsains de la famille.
La mère est dépressive, la grand-mère a perdu la tête, l’une des tante vire mystique après que la cousine a eu « son accident ». L’autre tante, trop belle, fait fuir les hommes. Au milieu de ces femmes se dresse la figure ombrageuse du grand-père (peut être nazi).
Finalement l’héroïne de l’histoire c’est la maison elle même, et en particulier son jardin. On se prend à s’attacher à ce lieu qui devient si familier au fil du récit. Il devient clairement inconcevable que notre narratrice puisse en partir.
Un beau livre, rêveur et moins placide qu’il n’en a l’air.

 
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Publié par le avril 2, 2014 dans réaliste, Roman