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Archives Mensuelles: février 2015

L’éveil des Macchabs : un bon fantastique pour jeunes lecteurs

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Ce bouquin a tout pour être un best-seller pour jeune ado. Normal, l’auteur est éditeur et il sait ce qu’il fait.

Le héros est un garçon de 11 ans, tout ce qu’il y a de plus banal…auquel il est aisé de s’identifier. Il aime sa maman, sa petite sœur l’énerve, il apprécie moyennement le collège et craint son voisin acariâtre. Dans l’adversité, il se révèle être particulièrement doué au combat, courageux et débrouillard !

L’élément fantastique est constitué de « morts-qui-marchent », qui ne sont pas tout a fait des zombies. Encore que : on revient aux basiques, ce sont bien des corps morts possédés, comme dans le vaudou. Mais ici les invocateurs ne sont pas humains, ce sont des entités qui viennent d’un autre monde les « malums ». Ces macchabs, comme les appellent les héros, peuvent prendre une apparence normale aux yeux de tous. Seuls les « clairvoyants », des enfants, voient les corps en décomposition.

Comme dans tout bon fantastique, ces « monstres » sont en décalage avec la vie réelle, ici la middle class aux USA, décrite avec force détails. La ville de Philadelphie est au cœur du récit, son histoire et ses monuments en particulier.

Les personnages des clairvoyants offrent une brochette de persos types : l’ami costaud et loyal, la fille superforte et initiatrice, les leaders impressionnants, le miniQ qui fournit les armes, etc.

Le récit est très facile à suivre : il y a beaucoup de dialogues, beaucoup d’action et peu de description ou d’introspection. De plus les chapitres sont ultra-courts (10 pages environ). Rien ne risque de faire décrocher le lecteur débutant, qui se trouvera tout étonné d’avoir dévoré cet apparent pavé de 500 pages (en gros caractères en fait).

La couverture fait très « pierre-tombale », et le quatrième de couv’ est alléchant  » Si vous les voyez, votre cauchemar ne fait que commencer ». Dans la veine de L’Epouvanteur, Bayard utilise la technique du contre-ordre « à ne pas lire la nuit ».

En résumé, c’est la recette du succès pour faire lire les garçons de 6e/5e ! Les plus jeunes, déjà lecteurs apprécieront aussi.

Certaines zones d’ombres restent, donnant envie de connaître la suite : ainsi le père du héros prétend avoir fabriqué deux armes, a priori offertes par une entité supérieure, sorte de déesse dont on ignore les intentions.

 
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Publié par le février 17, 2015 dans fantastique, Jeunesse, Roman

 

Pas pleurer : une touche au cœur !

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Je n’ai pas su obéir à l’injonction du titre ! Pourtant habituellement les récits de Lydie Salvayre ne me tirent pas une larme, et pour cause, ce n’est pas le genre de l’auteur de vouloir nous émouvoir.

Son genre, ce serait plutôt la diatribe : « genre littéraire consacré à la prédication morale, pratiqué d’abord par les philosophes de l’école cynique, se caractérisant par des dialogues avec un interlocuteur fictif, l’emploi des procédés de la rhétorique et le mélange du sérieux et du plaisant » nous indique le Trésor de la Langue Française. L’emportement, la colère, la joie, les cris, les piques et pas trop de pathos surtout ! Même dans l’adversité, le narrateur salvayrien a l’ironie mordante, que ce soit dans La Déclaration, La Puissance des mouches ou La Conférence de Cintegabelle.

Mais ici, point de narrateur-écran, c’est Lydie qui se dévoile et qui nous parle, le cœur à nu, traversée par la parole maternelle et la lecture édifiante de Bernanos. Lydie Salvayre nous offre la quintessence de son histoire familiale, l’an 36 : les souvenirs heureux et tragiques de sa mère. Les personnages sont en fait des témoins bien réels : « dans le récit que j’entreprends, je ne veux introduire, pour l’instant, aucun personnage inventé ».

Évidemment, Lydie Salvayre ne livre pas un reportage, mais fait œuvre d’écrivain, recompose l’intime de chacun pour, grâce à la magie de sa plume, leur redonner Le Vif du vivant. José déçu des hommes, Diego culpabilisant et Montse fuyant avec son enfant…ah…comme ils m’ont émue.  Le terme « Roman » est certes imprimé sur la couverture, mais on ne peut se fier à cet élément paratextuel. Nous sommes manifestement en présence d’un récit biographique familial. Et justement ce texte est la clé d’un autre roman de Lydie Salvayre :

  • Une mère qui a perdu la mémoire, sauf celle du Grand passé, de la tourmente de l’histoire
  • Un frère mort dans cette trouble période, ce qui cause un choc traumatique
  • Une fille aimante qui accueille cette parole et tente de recadrer sa mère dans la langue

Cela ne vous rappelle-t-il pas La compagnie des spectres ? LE grand roman de Salvayre, le plus fort à mon sens, celui qui a été adapté au théâtre. Cette force était due, me semble-t-il à présent, à la transposition du drame familial sous l’Occupation. Si Louisiane n’est pas Lydie, la figure de Rose doit sans doute beaucoup à Montse. Et d’abord ces fameux « paralipomènes » de l’histoire, qui désignent les faits honteux et cachés, néologisme que l’on pourrait traduire par « boursoufflures ». Rose inventait ce mot, comme Montse recompose le français à partir de l’espagnol.

La langue espagnole a toujours irrigué les textes de L. Salvayre, telle une rivière souterraine prête à remonter à la surface pour jaillir ! Le plus souvent, le parler espagnol était justifié par un personnage ibérique : les parents, le conjoint du narrateur ou la bonne, par exemple. C’est la langue des injures, de la révolte, de la résistance à tout système d’oppression. C’est avec Le Vif du vivant, texte sur Picasso, que des paragraphes entiers en espagnol apparaissent dans l’œuvre salvayrienne.

L’Espagne était également présente dans chaque récit, et en particulier le village de Fatarella ; village de la femme du Conférencier, des parents du narrateur de la Puissance, de Filo, etc. Dans Pas pleurer, le village n’a pas de nom, mais se situe près d’une grande ville, « Lérima », sous laquelle on peut deviner Lérida. Fatarella et Lérida se trouvent en Catalogne. Le nom du village familial a été comme absorbé par la littérature. De même, Lydie Salvayre est un nom de plume, et Arjona, son vrai patronyme, est fictionnalisé dans Passage à l’ennemi puisque c’est le nom du personnage principal, le policier.

Lectrice de longue date de l’œuvre de Lydie Salvayre, Pas pleurer m’apparaît comme une torche puissante qui éclaire son univers.

On retrouve dans ce roman les valeurs portées par l’auteur au fil de ses différents écrits : l’irrévérence, la remise en cause totale des règles sociales et l’amour des plus humbles, qui sont pourtant moqués comme les autres. Le verbe de Lydie nous répète sur tous les tons, et dans toutes les langues, qu’il faut être Contre (titre d’un texte magnifique lu de sa belle voix rocailleuse). Contre ce qui opprime : l’État, la religion, la bien-pensance, fut-ce la famille même.

L’anarchisme virulent de José est jouissif quand il s’emporte et tout le texte nous entraîne avec lui dans une fougue libertaire. Virulent, émouvant, voici un récit passionnant à lire et relire !

 
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Publié par le février 13, 2015 dans réaliste, Roman

 

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