RSS

Profanes : poétique et intimiste

13 Sep

cvt_Profanes_5608

Profanes est le sixième livre de Jeanne Benameur que je lis, et aucun ne m’avait autant touché. Offert par ma grand-mère, je l’ai lu avec grand plaisir. Le quatrième de couv. a priori ne m’aurait pas attiré plus que ça (la vieillesse, le deuil, le manque d’amour…), mais je me suis laissée embarquer par sa magnifique plume. Dans ce roman, les personnages vont s’extirper de la noirceur pour atteindre une sorte de paix, de simplicité et de bienveillance mutuelle.

J’ai apprécié le décalage subtil créé par les cinq points de vues, quoique l’on entende tout de même une voix prédominante. Le personnage du nonagénaire peut paraître agaçant dans sa volonté de diriger leurs destins, bien qu’il passe son temps à s’en défendre, mais on n’a pas besoin d’aimer les personnages pour s’intéresser à eux. Les autres sont à peine esquissés, ce qui est appréciable finalement et évite de charger en psychologie l’histoire. On les découvre par petites touches successives, chacun ayant sa blessure secrète terrible. Je ne trouve pas que l’on puisse s’identifier à eux ni s’y attacher. Cette distance crée une sorte de pudeur, qui place le lecteur dans la même position qu’un autre habitant de la maison. Toutes les relations sont polies, peu engageantes. Le bouquet final permet de transcender cette barrière et de lier certains personnages plus fortement.

On pourrait dire qu’il ne s’agit pas seulement d’un récit mais de Pensées car le côté philosophique est très prégnant. Derrière la ficton, on lit un essai sur la vie, la mort, l’amour. La plupart des lecteurs qui ont aimé ce livre (dont je fais partie) y sont sensible, tandis que ceux qui n’ont pas réussi à entrer dedans ont sans doute été déroutés par le manque de péripéties.

Le  point fort de ce livre est à mon avis sa langue. Jeanne Benameur est plus poète que philosophe car ce sont les mots eux mêmes qui irradient. Comme une mélopée qui se déroule, il y a un rythme, une scansion, des répétitions, des échos. On prend et reprend le livre, peu importe où l’on en était, on peut y entrer comme dans un fleuve, prendre un petit bain de langue. C’est soyeux et confortable, un tissu de mots qui rassure comme un doudou.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le septembre 13, 2015 dans réaliste, Roman

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :