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Archives Mensuelles: octobre 2015

Victor London : un roman à rebondissements qui laisse pantois et ravi

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Voici un roman d’aventure qui décoiffe…votre chapeau haut de forme. C’est surtout par son rythme haletant que l’on reste scotché au fauteuil. Embarqué en plein XIXe siècle, siècle de l’exploitation des masses miséreuses, on suit le jeune Victor, un surdoué orphelin qui ramasse des bouts de laine dans une usine. Enlevé, au sens propre, à son quotidien morose, il n’aura de cesse de regretter cette vie insipide tant les dangers extrêmes le menacent à chaque instant. C’est à la fois un véritable tableau des mœurs victoriennes, et un dérapage contrôlé vers le monde steampunk. 

Je m’explique : tout d’abord nous avons, comme toujours chez Patrick Mc Spare, une immersion dans une époque de par les costumes, les ambiances, les odeurs, les lieux. On note la dichotomie entre East end (quartiers nauséabonds des travailleurs) et West end (chez les riches ). Quelques endroits typiques sont abondamment décrits : la manufacture de laine, une workhouse (lieu où sont parqués les travailleurs enfants et adultes), deux pubs malfamés,  la luxueuse maison Summerfield, les grands hôtels. On en apprend à chaque page, notamment qu’il existait un metro à Londres dès 1863. Les mœurs sont montrés dans l’action : il est normal de faire travailler les enfants, de réprimer toute velléité syndicale, d’éviter de sortir la nuit si l’on craint les détrousseurs. De ne pas chiquer si l’on est une femme…

Par ailleurs, l’auteur dévie, avec le thème des sociétés secrètes, vers une ambiance « steampunk », (« steam », la vapeur, étant synonyme de progrès technique, on procède à des anachronismes). Ainsi Cosruscants et Impérieux, les deux factions rivales, rivalisent d’imagination pour se battre avec des armes ou moyens qui n’étaient pas encore produits à cette époque. Je parle cependant de « dérapage contrôlé », car l’auteur met un point d’honneur à rester dans le plausible. Un exemple : les boîtiers de transmission vocale des coruscants, que l’on peut assimiler à des téléphones ou des talkies walkies n’existaient pas mais sont vraisemblables dans l’histoire. De même pour les canots à hélice ou les masques portatifs à oxygène. Les combats sont à la fois incroyables avec tous ces gadgets, mais aussi réalistes pour ce qui est des corps à corps.

Enfin l’auteur embraye tout de même sur un registre fantastique avec le « générateur vibratoire », qui reste à la fois un motif steampunk  (machine à énergie mystique), mais nous fait basculer vers l’irréel dans les derniers chapitres. La dernière partie de l’ouvrage qui nous entraine en Perse, dans un voyage à la Indiana Jones, nous sort de cet univers londonien que l’on commençait à maîtriser et nous propulse dans un bouquet final d’actions et de révélations.

Le point fort de l’intrigue repose sur les rebondissements, plus précisément les retournements de point de vue sur les personnages. Placé à même enseigne que Victor, le lecteur ne peut que se perdre en conjecture. A priori nous savons qu’il y a le groupe de Coruscants qui enlève Victor : Charlie très habile et très intelligent, Kelly une dangereuse et déterminée jeune femme et Sourad surnommé « l’Ombre qui tue ». Une galerie inquiétante, parmi laquelle on suppose que se dissimule un traître. A moins que…les informations donnée en ce sens à Victor par le non moins inquiétant Gothic soient erronées. Lui aussi prétend être un Coruscant. Tous seraient ennemis des Impérieux, dont le lecteur ne connait qu’un membre certain : le cruel comte Killgrave. A cela s’ajoute des patriotes irlandais et un tueur à gages. On comprend que le jeune garçon se sente menacé et perdu.

Victor aura des choix à faire et deviendra, de simple pion, un véritable héros. L’ humanisme auquel il aspire est guidé par la bonhomie de son ami Mike, le vendeur de journaux, mais encore par sa réflexion personnelle et une rencontre décisive avec le grand Victor Hugo. En ce sens il s’agit d’un roman d’apprentissage autant que d’aventure et l’épilogue nous le confirme.

Une lecture qui donne très envie d’avoir une suite pour profiter encore de cet univers si particulier. On serait ravi d’y replonger. A noter : la couverture est absolument magnifique, rien que pour ça, on craque sur ce livre.

 
 

Un autre monde est possible : Varoufakis expose l’économie à sa fille

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Un livre à découvrir pour une approche de l’économie actuelle. J’étais très motivée pour lire ce titre après avoir lu l’intéressant article du même auteur dans le Monde Diplomatique d’août 2015. Varoufakis est une plume. Ici le ton est beaucoup plus simple, car il s’agit d’un ouvrage de vulgarisation, qui se lit d’une traite. J’ai été agréablement surprise par la facilité de l’ouvrage. Ceci dit, sur le même sujet j’ai lu le Manuel d’anti-économie de Bernard Maris, illustré de nombreux exemples précis, plus fouillé, et récemment le On marche sur la dette, qui m’avait donné de bonnes bases pour ce sujet.

Le sous-titre parait mal choisi : « pour que ma fille croie encore à l’économie ». En effet Yanis Varoufakis, ex-ministre grec de l’économie, conclue que les économistes sont un peu comme les chamans, y croient ceux qui veulent… mais ce n’est pas très malin. Au contraire il engage sa fille, et donc chaque lecteur, à choisir l’esprit critique, plutôt que d’accepter le discours dominant à savoir « faut bien qu’on continue comme ça, c’est normal qu’il y ait de telles inégalités ». Donc je dirais que c’est un livre pour ne surtout PAS croire à la prétendue scientificité du discours économique. Le titre ne me parait pas meilleur, car il s’agit plutôt d’un constat et d’un cours, que de propositions pour un autre monde.

On apprécie la préface à l’édition française, concoctée pour nous, dans laquelle M. Varoufakis explique son projet : non pas écrire réellement pour sa fille, mais « pour tester les limites de [sa] propre compréhension. » C’est à dire énoncer clairement les questions fondamentales de l’économie qui pour lui tient de la philosophie.

Pour tenir le lecteur en haleine, supposé donc être un jeune exigeant et qui se lasse vite, il écrit des paragraphes courts avec des intertitres, ce qui rend vraiment la lecture très claire. Mais surtout il utilise beaucoup d’astuce : des questions rhétoriques, à commencer par « pourquoi les aborigènes n’ont-ils pas envahis l’Angleterre ? » ; des exemples de la vie réelle (les couchers de soleil à Egine pour différencier un bien d’un produit) ; des exemples historiques (le camp où était prisonnier de guerre Radford pour expliquer la monnaie)… Mais surtout des références cinématographiques, dont le fil rouge est Matrix.

Je conseille donc ce livre à tous ceux qui ont le souci de comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure, tout simplement, avec un point de vue engagé à gauche, aucun angélisme voir une once de pessimisme.

 
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Publié par le octobre 12, 2015 dans Essai