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Archives Mensuelles: novembre 2015

#bleue : dystopie pleine d’amour

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Ce roman, au travers du sujet de la mémoire et de la douleur émotionnelle, pose la question de la définition de la vie et du bonheur.

Le style est coulant, assez facile mais le montage de la trame est plus travaillé. Dans une première partie, on nous présente le point de vue de Silas. Nous découvrons donc la société légèrement futuriste proposée, à travers ses yeux. Il nous relate également sa relation avec Astrid, qui parait être une fille extrêmement casse-cou et originale. Silas est inquiet quant à la possibilité de voir une partie de sa mémoire s’effriter lors d’une oblitération. De fait, c’est exactement ce que nous allons vivre à travers son point de vue. Cette première partie peu parfois sembler assez lente, certains éléments semblent peu importants. En fait il s’agit d’une préparation pour la deuxième partie où les mêmes moments sont relatés du point de vue d’Astrid. Tout s’accélère alors et nous repérons les échos des moments partagés. Là se passe un plaisir de lecture digne d’un polar quand notre esprit « recolle les morceaux ». Quand Silas pensait Astrid fantasque, il y avait en elle une véritable douleur dissimulée. Pour repousser la tristesse, le jeune fille se faisait peur. Cette vision de l’adolescence m’a semblé très juste.

Cette proposition de société rappelle le Meilleur des mondes de Huxley. Le bonheur est obligatoire (pas besoin de soma, la douleur est simplement supprimée), on diffuse des phrases du type « tout les postes sont utiles » pour convaincre les moins chanceux que leur sort n’est pas si terrible, la colère et la tristesse sont soit mal vues soit carrément incomprises et finalement l’amour et la compassion disparaissent. Le but serait une société apaisée sans violence. D’autres influences permettent un cadre futuriste assez réaliste, comme d’une part la toute puissance des réseaux sociaux. Plus besoin d’un big brother, comme dans 1984, puisque tout le monde est connecté en permanence et le contrôle social s’exerce tout seul, sans police de la pensée. Tout le monde est le flic de tout le monde. D’autre part les informations importantes sont dissimulées sous la masse du superficiel.

L‘auteur invite son lecteur évidemment à réfléchir à des tendances de nos sociétés, qui accentuées deviendraient cette dystopie : être accro aux écrans, préférer les contacts virtuels au réel, diffuser du « sans intérêt » au détriment de penser par soi même. Certains éléments sont plus profonds comme la réflexion sur l’apparence de démocratie…, ou encore la manière de se faire entendre par des actions violentes ou non.

L’histoire d’amour en elle même est romantique à souhait : ils se trouvent et se « reconnaissent » car ils sont chacun « différents » et se sentent mal à l’aise dans le monde hyperconnecté. Il est fasciné par son énergie et son grain de folie, elle est rassurée par son côté calme. Silas exprime son amour par des petites touches poétiques, des paragraphes très visuels, tandis que Astrid s’exprime avec emphase. L’auteur s’est amusé à coller à leur personnalité.

La thèse finale semble logique : sans douleur, sans tristesse, oblitéré, on passe à côté de la vie. On le voit avec le personnage de la grand-mère d’Astrid, heureuse d’évoquer ses souvenirs passés, heureux ou pas. Au contraire le père de la jeune fille est devenu quasiment insensible à force d’oblitérations.

En conclusion un roman ado qui tient la route et plaira mais semblera un peu trop simple pour les adultes que nous sommes. A recommander en CDI, succès en vue.

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Publié par le novembre 1, 2015 dans Jeunesse, Roman, SF, Uncategorized