RSS

Archives Mensuelles: septembre 2017

L’enjomineur, 1792 : chef-d’oeuvre

bm_6217_441633

Du grand art : une histoire profonde et intéressante sur fond historique, tout ce que j’aime ! C’est extrêmement documenté et très bien écrit.

Tout d’abord bravo à l’auteur de nous faire entrer dans la grande histoire avec autant de brio. Après un premier chapitre qui sert avant tout à poser l’intrigue, on suit dès le deuxième, le personnage d’Emile dans le bocage vendéen et l’on est confronté au patois. Là on peut dire que ça passe ou ça casse : les phrases sont abruptes et sans traduction on pourrait se détourner du récit par paresse. Mais en fait, on entre comme dans du beurre dans cette « langue » à condition de se laisser porter et de ne pas s’agacer de ne pas tout comprendre parfaitement. Ensuite par accumulation et déduction on comprend les dialogues facilement, en particulier parce que les réponses sont en français. On referme le livre en ayant retenu ce magnifique juron :  » grand fils de vesse ». Ce patois crédibilise le récit et nous immerge dans une époque.

L’autre tour de force, à mon avis, consiste dans le choix des personnages. Sur le sujet des guerres de Vendée, qu’aurait pu choisir un auteur lambda pour présenter les points de vue ? Un chouan royaliste contre un révolutionnaire anticlérical ? C’est bien plus subtil… Pierre Bordage propose deux personnages « décentrés » qui pour des raisons différentes ne prennent pas parti. Pour l’un, Emile, c’est parce qu’il est lettré et raisonne en véritable humaniste, effrayé des passions qui montent et de la guerre qui se prépare, et pour l’autre, Cornuaud, parce qu’en fieffé coquin, il ne voit que son propre intérêt dans toute situation et ne possède aucun idéal. Et c’est cette distanciation qui va justement apporter le meilleur éclairage. Toutes leurs rencontres avec des paysans, des nobles, des gredins, de bons citoyens, des brutes sanguinaires… vont occasionner des dialogues qui nous permettent de mieux comprendre le contexte et les raisons de chacun. J’ai trouvé ça parfaitement dosé. De plus les deux personnages se répondent en miroir, l’un incarnant le bien et l’autre le mal, chacun menant sa quête (retrouver la femme aimée/se débarrasser d’un maléfice), et évoluant pour finalement peu à peu devenir un duo moins manichéen.

La question de la présence de la magie enfin me fait classer ce roman dans le bon fantastique, même si la fin de ce premier tome tranche la question. Il y a d’une part la question de la magie Vaudou, car l’on se demande si l’envoutement de la sorcière est imaginaire ou si ce sont les remords qui rongent Cornuaud. D’autre part Emile, rationaliste, refuse toute incursion de la magie dans sa vie avant de devoir se rendre à l’évidence.

Un excellent roman, qui mène à deux tomes complémentaires : 1793 et 1794. J’ai hâte de les lire !!!

Publicités
 
2 Commentaires

Publié par le septembre 19, 2017 dans historique-fantastique, Roman

 

Étiquettes :