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Archives de Catégorie: fantastique

Marjane.1, La Crypte : Sacrée visite !

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La Crypte est le premier épisode génial d’une nouvelle série très prometteuse de Marie Pavlenko. Si vous avez aimé Saskia, Marjane vous plaira encore plus ! On y retrouve plusieurs éléments communs, chers à l’écrivaine : une espèce cachée des humains, un bastion parisien, une jeune fille en initiation, un amour complexe et les liens familiaux en questionnement. Au niveau du scénario et de l’écriture c’est toujours excellent, voire Marjane me semble un cran au-dessus (mais peut être parce que je l’ai lu en dernier.)

Si vous ne connaissez pas encore l’auteur, je vous conseille de commencer par Marjane pour bénéficier de l’effet de « première fois » sur tout un tas de bonnes idées de son univers. Après un chapitre d’exposition, on démarre l’action avec une attaque surprise et le bouleversement des règles établies. L’héroïne, très sage et classique a priori se trouve poussée dans ses retranchements et doit prendre des décisions pour sauver sa vie et trouver les réponses aux questions qui se posent. Un roman d’initiation classique donc, aux thèmes plutôt young adult. C’est prenant.

Tout le charme de l’aventure vient de la réinvention du bestiaire fantastique et de la localisation dans la capitale. Ainsi les ninns, sont de sortes de vampire, mais vraiment on ne peut pas dire que ce soit un récit « de vampire ». Il s’agit d’une création personnelle. Dans ce premier tome en tout cas c’est vraiment un élément d’arrière plan. Les autres créatures que l’on rencontre sont encore plus fascinantes, êtres de pierres, à tête d’oiseaux ou inquiétantes sirènes. L’autre élément prégnant est Paris, la ville elle-même explorée sous un autre prisme.

Avec son ton bien à elle, Marie Pavlenko nous emmène dans sa rêverie, celle d’un Paris poétisé. Un livre qui donne envie de lire, et de se balader !

 
 

L’éveil des Macchabs : un bon fantastique pour jeunes lecteurs

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Ce bouquin a tout pour être un best-seller pour jeune ado. Normal, l’auteur est éditeur et il sait ce qu’il fait.

Le héros est un garçon de 11 ans, tout ce qu’il y a de plus banal…auquel il est aisé de s’identifier. Il aime sa maman, sa petite sœur l’énerve, il apprécie moyennement le collège et craint son voisin acariâtre. Dans l’adversité, il se révèle être particulièrement doué au combat, courageux et débrouillard !

L’élément fantastique est constitué de « morts-qui-marchent », qui ne sont pas tout a fait des zombies. Encore que : on revient aux basiques, ce sont bien des corps morts possédés, comme dans le vaudou. Mais ici les invocateurs ne sont pas humains, ce sont des entités qui viennent d’un autre monde les « malums ». Ces macchabs, comme les appellent les héros, peuvent prendre une apparence normale aux yeux de tous. Seuls les « clairvoyants », des enfants, voient les corps en décomposition.

Comme dans tout bon fantastique, ces « monstres » sont en décalage avec la vie réelle, ici la middle class aux USA, décrite avec force détails. La ville de Philadelphie est au cœur du récit, son histoire et ses monuments en particulier.

Les personnages des clairvoyants offrent une brochette de persos types : l’ami costaud et loyal, la fille superforte et initiatrice, les leaders impressionnants, le miniQ qui fournit les armes, etc.

Le récit est très facile à suivre : il y a beaucoup de dialogues, beaucoup d’action et peu de description ou d’introspection. De plus les chapitres sont ultra-courts (10 pages environ). Rien ne risque de faire décrocher le lecteur débutant, qui se trouvera tout étonné d’avoir dévoré cet apparent pavé de 500 pages (en gros caractères en fait).

La couverture fait très « pierre-tombale », et le quatrième de couv’ est alléchant  » Si vous les voyez, votre cauchemar ne fait que commencer ». Dans la veine de L’Epouvanteur, Bayard utilise la technique du contre-ordre « à ne pas lire la nuit ».

En résumé, c’est la recette du succès pour faire lire les garçons de 6e/5e ! Les plus jeunes, déjà lecteurs apprécieront aussi.

Certaines zones d’ombres restent, donnant envie de connaître la suite : ainsi le père du héros prétend avoir fabriqué deux armes, a priori offertes par une entité supérieure, sorte de déesse dont on ignore les intentions.

 
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Publié par le février 17, 2015 dans fantastique, Jeunesse, Roman

 

Le livre de Saskia, 1, Le Réveil : une bourrasque bienfaisante

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Qui est Saskia ?

C’est une héroïne avec un vrai ancrage dans le quotidien et qui a de la personnalité !

Bravo à l’auteure de considérer l’ado sous toutes ses coutures dans un roman de fantastique. Oui, le résumé peut sembler classique : une enfant adoptée à d’étranges dispositions et doit découvrir ses origines. Mais le genre de ce livre dépasse de loin la « romance fantastique ». Tout d’abord il y a un vrai plaisir à ne basculer que très lentement dans le surnaturel. Aucun évènement « incroyable » à l’horizon avant le sixième chapitre. Ce qui nous laisse tout le temps de faire la rencontre de Saskia et de connaître ses habitudes (balade en forêt avec son chien, plateau TV avec sa mère, trajets en vélo…) C’est une fille qui pense (voyez ici un avis très remonté contre Bella et Katniss, les têtes vides). L’angoisse qui monte dans l’introduction tient au fait que le jeune fille est suivie, puis agressée dans le train de banlieue. Le choix de Paris comme lieu des dangers m’a semblé judicieux. Ensuite la romance n’est pas au premier plan, mais l’action oui !

Saskia rencontre deux étranges jeunes gens qui la suivent sans cesse : Tod, un de ses surveillants, et Mara une fille de sa classe. C’est très pénible pour elle, d’autant qu’ils ne se cachent pas mais ne lui fournissent aucune explication. Saskia, très proche de sa mère, n’ose pourtant pas le lui avouer car celle-ci est déjà très inquiète et surprotège sa fille. Ne ressentant pas d’animosité de ces deux énergumènes envers elle, elle se débrouille comme elle peut. Tod finit par comprendre pourquoi on lui a donné mission de veiller sur Saskia et va lui révéler sa véritable nature. Le voile sur les capacités et spécificités des Enkidars ne se lève que petit à petit, ce qui est frustrant pour l’héroïne et délicieux pour le lecteur.

L’accélération finale des cinq derniers chapitres tient en haleine et à partir de « la disparition » il est impossible de reposer le livre sans l’avoir terminé. On s’attendait plus ou moins à ce départ dans un pays lointain car l’auteur a semé des jalons mais pas dans ces conditions. Pour les sensibles comme moi, fin à haute teneur lacrymale. J’ai adhéré au livre de Saskia et n’ai qu’une envie : lire la suite. Je regrette par contre d’avoir pris le tome 2 en version poche, la couverture originale est magnifique alors que celle-ci est banale.

Et je ne vous ai pas encore parlé du style, le style mes amis ! C’est un délice : des phrases harmonieuses,  bien pesées, tout coule de source. Aucune difficulté pour des ados pour autant. Des touches d’humour quand il faut. Du grand art !

Je sais pourquoi je lis de la littérature jeunesse : découvrir des pépites comme celle-ci !

 
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Publié par le juillet 23, 2014 dans fantastique, Jeunesse, Roman

 

Baroque N’Roll : ça va vous faire grincer…

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Je découvre cet auteur grâce à Book en Stock (Merci les filles !) dans le cadre du « mois de mai » consacré à Anthelme Hauchecorne. J’avais tout d’abord craqué pour la couverture et le jeu de mot du titre, et je précise que j’aime particulièrement les nouvelles. Les nouvelles, c’est la quintessence de l’écriture. J’attendais donc beaucoup de ma lecture.

Pari gagné, car au fil des pages j’ai complètement adhéré au style de l’auteur. La première nouvelle  » Nuage rouge » nous indique tous les éléments fétiches de l’auteur : un style assez décalé avec beaucoup de métaphores qui font jouer les rouages de l’imagination ; de l’humour, voire du cynisme ; des éléments fantastiques ; un discours sur la société. On retrouvera ces impondérables au fil des autres nouvelles. Un petit exemple de comparaison hallucinante : « Comme vous regarderiez votre meilleur ami qui vous proposerait d’investir dans son projet de club échangiste pour escargots »…

Là où je trouve vraiment que l’auteur est très fort, c’est dans sa capacité à faire vivre tout un monde à partir d’un huis-clos. Deux des nouvelles m’ont particulièrement bluffées : Madone Nécrose tout d’abord m’a terrifiée. On découvre petit à petit un futur apocalyptique, où l’élément « zombie » n’est qu’un motif pour raconter un histoire de passion et de vengeance. Tout cela lors d’une discussion dans un bar avec une fin à vous faire tomber à la renverse. Trêves de comptoir, où là encore tout se passe dans un bar (tiens, tiens) met en scène des superhéros en train de s’entredéchirer. Les fans de comics apprécieront l’humour et l’hommage.

L’élément fantastique est souvent un prétexte pour parler de l’humain : individualisme, manipulation des foules, bêtise…Le diable noir  m’a beaucoup séduit avec son exploration qui tourne mal. L’avidité et l’inconscience du voleur le font pénétrer dans un antre fétide qu’il aurait mieux fait d’éviter. Les flics (personnages du polar que l’auteur à plaisir à utiliser) donnent un contrepoint et permettent de « respirer » hors du bateau monstrueux. La longue chute du personnage de Logique d’ensemble est quant à lui un plaidoyer anti-guerre et l’occasion d’une réflexion. La plupart du temps c’est grinçant, c’est méchant.

Les nouvelles qui m’ont le plus décontenancées sont les contes macabres : le jardin et la Tatie… J’avoue ne pas avoir accroché et la réapparition de la figure de l’homme-tronc, métaphore sans doute de l’avilissement de l’homme, m’a glacée.

Après avoir bien dégusté votre lecture, je vous conseille de vous pencher sur le « backstage », c’est-à-dire « les coulisses de nouvelles ». L’éditeur aurait été mieux inspiré de mettre cela en annexe, mais enfin rien de grave, il suffit « d’enjamber » cette partie et d’y revenir. L’auteur nous précise le contexte d’écriture de chaque nouvelle, souvent des commandes pour des magazines ou des anthologies. Intéressant pour le lecteur curieux que nous sommes de découvrir la « cuisine ». Aurez-vous deviné la contrainte que s’imposait l’auteur sur telle ou telle nouvelle ? Ce n’est pas forcément celle à laquelle on pense de prime abord.

A noter également : l’autobiographie fictive, pince-sans-rire, vaut le détour.

Cette découverte m’a beaucoup plu et j’espère lire prochainement autre chose de cet auteur, peut être un roman, pour voir…

 

 
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Publié par le avril 30, 2014 dans fantastique, Nouvelles

 

A comme Aujourd’hui : un livre qui passe comme un rêve…

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Voilà un roman bluffant. Le parti pris est le suivant : c’est un livre absolument et méticuleusement réaliste, qui repose sur une base fantastique inexplicable (et inexpliquée). Chaque jour A se réveille dans un corps différent. C’est ainsi. Mais au contraire du célèbre personnage de Code Quantum, il n’essaie pas de modifier le cours de la vie des gens, sachant que ses efforts sont réduits à néant quand la personne redevient elle-même.

Ce postulat de l’auteur lui permet de nous faire un tour de marionnettiste : une véritable galerie de portrait de l’adolescent américain. On se passionne pour ces personnages. En dehors du très banal Justin, tous sont assez remarquables : la fille parfaite et la pire des terreurs, le metaleux et le « bien-sous-tout-rapport », l’esclave moderne et les gosses de riches impatients, les jumeaux, l’obèse, le junky, etc. Le héros A. (ou héroïne comme vous voulez) déroge à sa règle de ne pas intervenir dans un cas : lorsqu’il se trouve dans le corps d’une jeune dépressive suicidaire.  Le rythme du livre est saccadé, puisque chaque chapitre contient un jour. L’écriture est fluide et coule comme les pensées de A.

Mais le plus important n’est pas tant la vie des autres. A. a soudain envie d’exprimer sa réalité lorsqu’il tombe amoureux de Rhiannon. De cette rencontre va naître son désir de laisser une trace chez l’autre, d’exister en tant qu’entité. Il partagera avec elle son secret. Ils se rapprochent dès que possible, mais Rhiannon peine à reconnaitre A. dans ces garçons et filles qui se présentent à elle. Évidemment elle reconnait sa personnalité dans son discours, mais le désir a aussi besoin d’un support physique et il est difficile pour elle d’accepter cette « non-continuité » de l’être aimé. Y a-t-il ici une métaphore de l’amour via un écran, ces rencontres qui permettent de fantasmer tous les corps ?

Le sentiment amoureux est le thème central du livre, mais nombre d’autres sont effleurés comme les rapports familiaux, fraternels, amicaux, les inégalités. La diversité des vies fait de A. un être particulièrement tolérant. A travers sa vision des choses, très relativiste forcément, on perçoit l’universalité de l’humain. A. est quelqu’un de bon et il le prouvera à la fin du livre par ses choix. Je suis restée cependant sur ma faim ! La fin, justement est trop abrupte et sans aucune explication pour ce qui taraude A. Cela se justifie dans le logique du récit : A. n’est palpable que lorsqu’il essaie de s’individualiser. Mais quand même je suis déçue de ne pas en savoir un peu plus.

En conclusion c’est un roman coup de cœur pour moi !

 
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Publié par le novembre 5, 2013 dans fantastique, Jeunesse, réaliste, Roman

 

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