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Archives de Catégorie: SF

#bleue : dystopie pleine d’amour

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Ce roman, au travers du sujet de la mémoire et de la douleur émotionnelle, pose la question de la définition de la vie et du bonheur.

Le style est coulant, assez facile mais le montage de la trame est plus travaillé. Dans une première partie, on nous présente le point de vue de Silas. Nous découvrons donc la société légèrement futuriste proposée, à travers ses yeux. Il nous relate également sa relation avec Astrid, qui parait être une fille extrêmement casse-cou et originale. Silas est inquiet quant à la possibilité de voir une partie de sa mémoire s’effriter lors d’une oblitération. De fait, c’est exactement ce que nous allons vivre à travers son point de vue. Cette première partie peu parfois sembler assez lente, certains éléments semblent peu importants. En fait il s’agit d’une préparation pour la deuxième partie où les mêmes moments sont relatés du point de vue d’Astrid. Tout s’accélère alors et nous repérons les échos des moments partagés. Là se passe un plaisir de lecture digne d’un polar quand notre esprit « recolle les morceaux ». Quand Silas pensait Astrid fantasque, il y avait en elle une véritable douleur dissimulée. Pour repousser la tristesse, le jeune fille se faisait peur. Cette vision de l’adolescence m’a semblé très juste.

Cette proposition de société rappelle le Meilleur des mondes de Huxley. Le bonheur est obligatoire (pas besoin de soma, la douleur est simplement supprimée), on diffuse des phrases du type « tout les postes sont utiles » pour convaincre les moins chanceux que leur sort n’est pas si terrible, la colère et la tristesse sont soit mal vues soit carrément incomprises et finalement l’amour et la compassion disparaissent. Le but serait une société apaisée sans violence. D’autres influences permettent un cadre futuriste assez réaliste, comme d’une part la toute puissance des réseaux sociaux. Plus besoin d’un big brother, comme dans 1984, puisque tout le monde est connecté en permanence et le contrôle social s’exerce tout seul, sans police de la pensée. Tout le monde est le flic de tout le monde. D’autre part les informations importantes sont dissimulées sous la masse du superficiel.

L‘auteur invite son lecteur évidemment à réfléchir à des tendances de nos sociétés, qui accentuées deviendraient cette dystopie : être accro aux écrans, préférer les contacts virtuels au réel, diffuser du « sans intérêt » au détriment de penser par soi même. Certains éléments sont plus profonds comme la réflexion sur l’apparence de démocratie…, ou encore la manière de se faire entendre par des actions violentes ou non.

L’histoire d’amour en elle même est romantique à souhait : ils se trouvent et se « reconnaissent » car ils sont chacun « différents » et se sentent mal à l’aise dans le monde hyperconnecté. Il est fasciné par son énergie et son grain de folie, elle est rassurée par son côté calme. Silas exprime son amour par des petites touches poétiques, des paragraphes très visuels, tandis que Astrid s’exprime avec emphase. L’auteur s’est amusé à coller à leur personnalité.

La thèse finale semble logique : sans douleur, sans tristesse, oblitéré, on passe à côté de la vie. On le voit avec le personnage de la grand-mère d’Astrid, heureuse d’évoquer ses souvenirs passés, heureux ou pas. Au contraire le père de la jeune fille est devenu quasiment insensible à force d’oblitérations.

En conclusion un roman ado qui tient la route et plaira mais semblera un peu trop simple pour les adultes que nous sommes. A recommander en CDI, succès en vue.

 
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Publié par le novembre 1, 2015 dans Jeunesse, Roman, SF, Uncategorized

 

L’emprise des rêves : un anneau de Moebius en guise de trajectoire !

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L’emprise des rêves est peut être de la SF. Je dis « peut être » car d’une part la notion de multivers pourrait aussi bien relever du fantastique que de la science-fiction, d’autre part il se pourrait bien que ce soit réel… Oui, c’est une question philosophique à laquelle nous sommes confrontés avec cette notion : partant du postulat que chacun de nos choix modifie en conséquence notre univers, y a-t-il un monde parallèle où l’on a choisi une autre option ? S’il peut y avoir deux univers, alors il pourrait y en avoir des milliers, des milliards ? Chaque choix créant une bifurcation et donc un dédoublement… Voilà le multivers. On pourrait alors catégoriser ce roman en philo-fiction ?
Non seulement il y a à prendre en compte l’influence des actes et des choix de chaque humain, mais Simon Sanahujas ajoute encore les rêves et les fictions imaginés par chacun…qui créent autant d’univers. Là où l’on passe clairement dans la fiction et l’on est plus dans la philo, c’est lorsque l’auteur imagine entre ces mondes possibles des « portails » par lesquels ils se joindraient. Voici le cadre posé, et nous y suivrons Abyaël et Zoé, entre autres personnages, chacun lancé dans une aventure où ils évoluent de monde en monde grâce à leur codex du Multivers. Abyaël a pour mission de préserver Zoé d’un danger imminent, Zoé cherche à déjouer un complot et à retrouver une personne qui peut l’aider (et plus si affinité…)
Les mondes traversés sont soit des variantes de la terre (U19), soit des mondes imaginaires, souvent inspirés de fictions, voire d’œuvres picturales comme SD4, qui rend hommage à Dali avec ses éléphants aux pattes d’araignées et ses pluies de montres molles. Le personnage de Dalem évolue dans un monde médiéval et guerrier, et celui de Vinhyu est une légère variable de notre monde actuel. Pourquoi parlè-je d’anneau de Moëbius dans le titre ? Et bien parce que la double aventure, avec sauts de monde en monde des principaux protagonistes, se trouve n’en faire qu’une seule. L’auteur nous laisse penser qu’il y a deux faces à la narration…et nous révèle in fine, qu’il n’y a qu’une seule face que l’on peut suivre du doigt, comme sur un anneau de Moëbius. Rappelez-vous l’expérience : prenez une languette de papier, faites lui faire une torsion et faites se toucher les bouts : si vous suivez du doigt un face…c’est infini. C’est pourquoi le 8 couché représente l’infini. Cela me rappelle la nouvelle de Arthur H. Clarke, Le mur des ténèbres. C’est en grande partie grâce à un travail méticuleux sur la temporalité que le prodige a lieu.
L’autre point fascinant du récit est la scène encadrant le récit (prélude et postlude comme dirait l’auteur). Il y met en scène sa propre fin, ou celle de son double écrivain, selon comment vous l’interpréterez. On pourrait penser que tout le récit ne sert qu’à justifier la possibilité de cette scène : l’existence du Multivers et les voyages inter-monde  rendent possible cette scène de pur fantasme pour tout auteur : la visite d’un se ses personnage.
 
Un roman troublant et pensant, qui n’oublie pas de nous faire rêver.
Merci à Phooka et Dup de Bookenstock pour le partenariat, qui a débouché sur un « mois de » très enrichissant : http://bookenstock.blogspot.fr/2014/11/interview-le-mois-de-simon-sanahujas.html
 
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Publié par le décembre 4, 2014 dans Roman, SF

 

Orphans : une série jeunesse originale à découvrir !

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Voilà une excellente série, qui est intelligente mais facile à lire. Elle correspond très bien à des lecteurs de collège. En effet le style est fluide et laisse une bonne part aux dialogues. Les descriptions ne sont jamais ennuyeuses, bien que l’on ne cesse de découvrir de nouveaux lieux. L’histoire est complètement ancrée dans le nord de la Charente-maritime, présente et historique (notamment des évocations de la seconde guerre mondiale).

Orphans, c’est une série disons de science-fiction…mais pas dans l’acception classique du terme. C’est un roman d’aventure qui utilise comme axe narratif principal deux mondes parallèles. L’on pourrait croire dans un premier temps que le monde 1, celui de Marin au début de l’histoire est le notre (le monde du lecteur). Mais l’auteur nous pousse a bien y réfléchir et j’ai modifié cette hypothèse au cours de ma lecture. Tout d’abord la ville où il habite s’appelle La Roche d’Aulnay, alors qu’il s’agit manifestement de La Rochelle, la configuration des lieux, les rues, les bâtiments (musées, aquarium) l’affirment. D’autres lieux par contre ont un nom identique : l’île d’Oléron ou Meschers-sur-Gironde. Mais le monde 2, celui dans lequel Marin et Tessa se retrouvent piégés, nous semblent si différent du notre, parce qu’on y pratique la télépathie, que l’on vit dans des principautés, ou encore que l’on conserve la musique des morts…, que l’on trouve forcément le monde 1 plus « réel » en comparaison. On imagine donc un seul monde parallèle. La fin du livre 3 nous offre une clé, puisqu’il y est fait mention d’un troisième univers, ce qui indique bien un multivers. A partir de là, il semble plus logique de penser que le monde 1 n’est pas tout à fait le notre. J’ai trouvé cette manière de jouer avec le lecteur particulièrement fine et bien menée.

Les personnages des ados permettent une forte identification pour des jeunes : Marin est un lycéen débrouillard, en pleine crise d’ado mais qui n’est pas toujours sûr de sa force et peut éprouver de la jalousie. Tessa, le personnage féminin, est une fille active et maligne. João, qui apparait plus tard semble prendre la place du bon ami, un simple ingrédient pour créer un trio et provoquer quelques jalousies. Mais finalement il se révèle porteur d’un secret dont nous n’aurons la révélation que dans les dernières pages et qui va modifier le cours de l’histoire.

La galerie des adultes oscille entre personnages plutôt réalistes, comme la journaliste Alexia, les scientifiques fous, façon Speruto et Broch, mais encore des sortes d’initiateurs tout droit sortis d’un conte de fée comme Apollonia. Le méchant Proteus/Speruto est assez diabolique pour se faire détester cordialement et l’on aimerait un châtiment ou une rédemption mais la fin est plus ouverte que cela.

Les deux premières couvertures sont absolument magnifiques, et donnent envie d’ouvrir ces livres, un peu comme s’il s’agissait de grimoires magiques. Je suis plus réservée sur la troisième, qui avec son traitement réaliste casse la série visuellement ; et il me semble qu’il aurait été plus judicieux de représenter finalement la carte des tarots décrite dans l’histoire, ne serait-ce que pour respecter une forme très symétrique.

En conclusion c’est une histoire qui intriguera fortement les jeunes et qui ne peut que pousser à la lecture. La fin du tome 1 nous laisse avec des dizaines d’interrogations et donne très envie d’avancer. Le tome 3 clôt en beauté la série avec toutes les révélations que l’on attendait.

 
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Publié par le octobre 15, 2014 dans Jeunesse, Roman, SF