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Archives Mensuelles: septembre 2015

Jonah : un monde incroyable se dévoile

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Très bon roman pour ado, ce tome pose les bases d’un univers. On découvre le surprenant Jonah, ses pouvoirs, ses amis et ceux qui s’intéressent un peu trop à lui. Le roman est assez atypique et c’est ce qui m’a plu. L’écriture est agréable et la narration avec des ruptures, ellipses est fluide.

Le monde enchanté de l’orphelinat où tout le monde est heureux semble un contrepoint à toute la littérature enfantine ou jeunesse, où ces lieux sont toujours horribles. L’auteur en rajoute : les élèves dansent et chantent en permanence, on se croirait dans Marry Poppins. Le personnel est adorable et le directeur un homme respectable et aimant. Cela pourrait être irritant mais c’est assez jouissif tout compte fait.

Le cadre plus large est peu défini, on sait qu’il y a de fermes, des routes, des villes… C’est un lieu incertain, c’est un temps hypothétique, mais ça pourrait être ici et maintenant. On croit à la magie mais ce n’est pas un conte. On est clairement dans un récit fantastique avec un thème autour de la nature. Ici la Nature est une force violente qui veut se débarrasser des humains. On la comprend, mais comme le héros devient sa cible c’est embarrassant… De quel côté est-on finalement ?

Les scènes apocalyptiques de l’orage et du tremblement de terre sont très « cinématographiques ». L’auteur a pris plaisir à déchainer les éléments. Avec la scène finale des » rats », il joue sur nos terreurs primaires. Le héros perché sur un fil, prêt à tomber au milieu d’une masse grouillante de rats agressifs, ça nous donne le frisson.

Dans les personnages secondaires, les plus intéressants ne sont pas les fidèles amis, assez plats, mais tous les adultes ambigus : le mystérieux jardinier, l’inquiétant docteur, le fermier bourru et encore le policier omniscient. Il y a un vrai plaisir à échafauder des hypothèses comme dans un polar, avec de multiples revirements.

En résumé c’est un roman jeunesse qui se recommande chaleureusement au collège.

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Publié par le septembre 27, 2015 dans Jeunesse, Roman

 

Décollage Immédiat : bon polar pour jeune ado

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Ce très bon polar pour ado se lit d’une traite. L’écriture est fluide, tout est compréhensible et l’action ne ralentit jamais. On saute dans l’avion avec l’héroïne sans rechigner. Je suis donc bien contente de l’avoir à proposer dans mon nouveau CDI.

L’intrigue de fonds est intéressante, même si l’on ne comprend de quoi il retourne que sur la fin du polar : manipulations au parlement européens et semences OGM. J’ai apprécié de voir là un sujet qui peut plaire aux jeunes lecteurs et leur donner envie d’en savoir plus. Oui le lobbying existe, et oui les semenciers OGM sont prêts à n’importe quels moyens. De quoi faire réfléchir un peu nos citoyens en herbe.

J’ai été un peu désarçonnée par un détail au début : l’héroïne qui fait des bêtises « exprès » pour attirer l’attention de sa mère et qui en a conscience ! Dans la vie ce genre de comportement n’est pas réflexif, c’est nous observateurs extérieurs qui nous en apercevons. Le rapport fusion/haine entre mère et fille est bien traité.

J’ai adhéré au caractère de cette ado un brin trop intelligente et un peu trop sure d’elle pour exister. En digne aventurière elle se lance dans l’action. J’ai regretté par contre qu’elle « tombe amoureuse », inutile et ça tombe comme un cheveu sur la soupe : ce n’était vraiment pas le sujet.

Le personnage du méchant, qu’elle surnomme Opioman, est lui très bien caractérisé. Il est stressant et on adore le détester.

Un bon livre pour ado (avec un happy end) qui se lit facilement.

 
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Publié par le septembre 21, 2015 dans Jeunesse, Roman

 

Profanes : poétique et intimiste

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Profanes est le sixième livre de Jeanne Benameur que je lis, et aucun ne m’avait autant touché. Offert par ma grand-mère, je l’ai lu avec grand plaisir. Le quatrième de couv. a priori ne m’aurait pas attiré plus que ça (la vieillesse, le deuil, le manque d’amour…), mais je me suis laissée embarquer par sa magnifique plume. Dans ce roman, les personnages vont s’extirper de la noirceur pour atteindre une sorte de paix, de simplicité et de bienveillance mutuelle.

J’ai apprécié le décalage subtil créé par les cinq points de vues, quoique l’on entende tout de même une voix prédominante. Le personnage du nonagénaire peut paraître agaçant dans sa volonté de diriger leurs destins, bien qu’il passe son temps à s’en défendre, mais on n’a pas besoin d’aimer les personnages pour s’intéresser à eux. Les autres sont à peine esquissés, ce qui est appréciable finalement et évite de charger en psychologie l’histoire. On les découvre par petites touches successives, chacun ayant sa blessure secrète terrible. Je ne trouve pas que l’on puisse s’identifier à eux ni s’y attacher. Cette distance crée une sorte de pudeur, qui place le lecteur dans la même position qu’un autre habitant de la maison. Toutes les relations sont polies, peu engageantes. Le bouquet final permet de transcender cette barrière et de lier certains personnages plus fortement.

On pourrait dire qu’il ne s’agit pas seulement d’un récit mais de Pensées car le côté philosophique est très prégnant. Derrière la ficton, on lit un essai sur la vie, la mort, l’amour. La plupart des lecteurs qui ont aimé ce livre (dont je fais partie) y sont sensible, tandis que ceux qui n’ont pas réussi à entrer dedans ont sans doute été déroutés par le manque de péripéties.

Le  point fort de ce livre est à mon avis sa langue. Jeanne Benameur est plus poète que philosophe car ce sont les mots eux mêmes qui irradient. Comme une mélopée qui se déroule, il y a un rythme, une scansion, des répétitions, des échos. On prend et reprend le livre, peu importe où l’on en était, on peut y entrer comme dans un fleuve, prendre un petit bain de langue. C’est soyeux et confortable, un tissu de mots qui rassure comme un doudou.

 
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Publié par le septembre 13, 2015 dans réaliste, Roman